Excellent! Al Gore en croisade contre le réchauffement climatique. Le 8 juillet au Planète Libre… Avant-première de mon anniversaire : Conférence de Richard Bergeron à 19h

Al Gore et le Manbearpig

Étant un grand fan de la série South Park (J’ai pratiquement visionné deux fois l’intégrité des 146 épisodes actuels), je dois cependant admettre que quelques uns des derniers épisodes de la saison en cours (saison 10) commencent à vraiment m’irriter. Et d’ailleurs, je n’aurais jamais pensé qu’un jour, je serais à mon tour indigné par South Park… une série que j’ai toujours encensée.

Autant ce dessin animé me paraît vraiment génial, autant je commence à réaliser que ses créateurs quittent trop souvent leurs assises anarchistes pour « basher » sur la gauche étasunienne (déjà que les idées de la gauche là-bas sont pathétiquement marginales). Jusqu’à là, je pouvais encaisser, parce que le concept de South Park est justement de « basher » sur à peu près tout le monde, à commencer sur ce qui est a priori inadmissible. Mais là, les 2e et 6e épisodes de la saison 10 m’ont vraiment agressé :

10×02 (#141) Smug Alert !
10×06 (#145) Manbearpig
http://www.southparknews.net/n_saison10.php

En effet, ces deux épisodes, pratiquement presque collés dans le temps, partagent l’objectif de ridiculiser, voire banaliser les tenants du réchauffement climatique. Ce qui en définitive, fait des concepteurs de South Park, des alliés objectifs du système en place nous amenant à la faillite écologique.

Histoire de saisir les capacités politiques des deux créateurs de la série, Trey Parker et Matt Stone, il faut comprendre aussi que le génie de South Park réside en autre dans sa conception « cheap » et totalement versatile. Or, puisqu’un épisode peut se générer en quelques heures, d’autant plus que les deux créateurs font presque l’intégrité des voix des personnages, cette série peut au besoin se mettre au diapason de l’actualité pour formuler les idées de Parker et Stone. Ainsi, non seulement South Park peut arriver à exprimer les divers délires de ses créateurs, mais ceux-ci peuvent se retourner sur un 10 cents pour modifier au besoin un épisode en cours. Voilà d’ailleurs pourquoi, je n’apprécie guère l’avant-dernier épisode ou Al Gore est stupidement parodié.

En effet, dans l’épisode Manbearpig, M. Gore est dépeint comme un « has been » isolé, voulant alarmer la population des dangers de l’homme-ours-cochon. Étant ici une allusion directe de la croisade actuelle de Gore contre le réchauffement climatique, l’analogie en question est aussi inappropriée qu’irresponsable.

Et, cette fois, on ne peut pas plaider l’innocence des concepteurs. En effet, l’épisode Smog Alert (10×02) est intégralement consacré au smog provoqué par le carburant des voitures… du moins, spécifiquement à cause des voitures hybrides dans le cas ce cet épisode ?!? (Vraiment, n’importe quoi !). D’ailleurs, cet épisode évoque comme une mode le courant de se doter d’une voiture hybride, une mode simplement motivé par le besoin de se prétendre plus “cool” que le voisin. J’avouerai ici vomir sur cette pseudo dénonciation par l’absurde tellement la comparaison est mesquine. Et politiquement, tout sert ici à conforter la population dans le maintien de ses habitudes face au réchauffement climatique, une situation qui serait simplement exagérée par des gauchistes hurluberlus en manque d’attention.

Petite incise, en regardant cet épisode, j’ai pensé à mon collègue de Projet Montréal, Claude Mainville, président cofondateur dudit parti. En effet, celui-ci, très alarmiste quant aux conséquences imminentes du réchauffement planétaire, avait cru comprendre dans l’un de mes discours que je banalisais l’urgence de la situation. À vrai dire, je suis tout aussi alarmiste que lui, mais je tenais à relativiser ce discours effrayant par rapport aux conditions électorales. En effet, je pense qu’il ne faut pas juste dénoncer d’une façon véhémente la situation, aussi urgente est-elle, car dans le ce contexte démocratique ou la population dort au gaz, il faut plutôt convaincre en proposant une alternative positive. Nous ne sommes pas, les écologistes, que des critiques bien-pensants éloignés du pouvoir, nous devrons être aussi la solution politique qui s’impose logiquement. Mais bon, ce n’est pas d’hier que la gauche québécoise me reproche mon côté électoraliste… comme quoi, selon moi ici, elle est encore bien loin du pouvoir politique. Peu importe, je refilerai à Claude les épisodes de South Park en question; je suis curieux de connaître ses commentaires sur le sujet.

Pour revenir à nos moutons, je suis finalement très déçu du tournant que prends cette série que j’admirais. Cette prise de position affirmée contre les écologistes est triste, parce que South Park a été une bouffée d’air frais dans le paysage social étasunien, particulièrement pour sa virulence contre les religions de toute sorte. Le dessin animé le plus audacieux du dernier siècle, la série la plus anti politically correcte qui soit… a donc fini par faire l’apologie du système dont il fait partie.

Maintenant, vu la tribune de prédilection qu’est devenu South Park, il serait naïf d’applaudir systématiquement les prochains épisodes de la série. C’est pourquoi, puisque South Park contribue présentement au climat pour une réélection de Dubya Bush, je souhaite dorénavant l’arrêt de cette série culte avant qu’elle dégénère davantage dans la voie réactionnaire. Toutes les bonnes choses ont une fin.

La liberté enfante l’anarchie, l’anarchie conduit au despotisme et le despotisme ramène la liberté
- Honoré de Balzac (Extrait de La peau de chagrin)

Visionnez ici un extrait de l’épisode Manbearpig

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