
Réflexe de patineur oblige, je suis toujours attentif aux obstacles sur le sol ; qui plus est, cette aptitude est dédoublée par mes sens d’entomologiste à l’affut. Alors, même dans une métropole comme Montréal, je découvre quelquefois des insectes étonnants (mantes religieuses, nèpes, dytiques, chenilles m’étant inconnus). Ainsi donc, revenant de l’épicerie en mai dernier, j’ai discerné le cadavre écrasé d’un Sphinx d’Abbott sur le trottoir. Pour le commun des mortels, la présence de ce papillon à Montréal passera complètement inaperçue; pourtant, chez les initiés, il sera le signe manifeste d’un changement dans notre environnement. Toutefois, avant d’enclencher mes explications sur le sujet, laissez-moi vous raconter la rocambolesque histoire de ma rencontre initiale avec le Sphinx d’Abbott.
Les défis du Sphinx, ou l’histoire d’une révélation
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Jeudi dernier, en allant payer mon loyer à la caisse populaire, quelle ne fut pas mon heureuse surprise de constater la présence de la politicologue Josée Legault en ouvrant le journal Voir. En effet, cette dernière vient d’y être embauchée comme chroniqueuse régulière : Voix publique est le nom de sa nouvelle rubrique. Assurément, Voir vient de faire un grand coup ici (sans jeu de mots). Déjà que j’applaudissais l’intégration du génial François Parenteau au journal, déjà que je me sentais soulagé par le départ de l’infect Richard Martineau, voilà que maintenant, ma chroniqueuse préférée y fait son entrée. Wow! En tout cas, pour ma part, il va sans dire que de facto, je redeviens un lecteur assidu du Voir.
Mais, quand j’y pense vraiment, c’est incroyable comment la vie peut mener à des tournants spectaculaires, des rebondissements de situations que jamais personne n’aurait par le passé appréhendés. Ainsi, des fois, nos destins se croisent et se décroisent : or c’est un peu mon cas ici avec Josée Legault et le journal Voir. Voici donc une narration de la genèse de mon historique avec mon illustre voisine.
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le 21 janvier 2007 par Carl Boileau5 011 visionnements
Evénements, Sociologie, Souvenirs, Sports, [vidéo]
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Le Super Bowl… le fameux Super Bowl! L’événement annuel le plus regardé dans le monde, l’apothéose de la consécration sociale aux États-Unis… une vraie religion chez mes voisins du sud. En effet, à chaque dimanche, du début septembre à la fin janvier, la population américaine s’agglutine dans des stades et devant les téléviseurs pour aller prier la victoire à leurs dieux modernes. Ainsi, durant des heures entières ces dimanches-là, le peuple se retrouve captif de la pub et de la propagande politique émanant des autorités. Puis, physiquement statique à s’empiffrer de malbouffe et abreuvé d’une bière infecte (Budweiser), telles des bêtes de troupeau, le peuple pourra collectivement se décharger des frustrations quotidiennes de la vie en beuglant à tue-tête. Difficile donc, pour un américain, de rester indifférent à ce phénomène sociologique; d’autant plus que l’engouement pour le football américain (et ses valeurs inhérentes) se popularise chaque année davantage au Québec.
Alors, je sais, la plupart des québécoises, voire l’ensemble des gauchistes, exècrent le football américain… une activité, selon l’une de mes copines, qui nivèlerait le Q.I. des hommes à celui du singe. Mais vous serez étonné, si je fais abstraction du décorum sociologique l’entourant, je demeure un amateur de football américain. Pire, c’est même carrément le sport que je trouve le plus intéressant à regarder. Alors, peut-être serez-vous étonné d’apprendre ma relation paradoxale avec ce sport.
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Sans l’usage de mon ordinateur depuis deux fins de semaine, j’en ai profité pour prendre quelques livres à la bibliothèque du 10e arrondissement. Or, tant qu’à lire à Paris, c’est évidemment une occasion de choisir des livres qui seront au diapason avec l’endroit où j’évolue dans le présent. Si à priori, j’avais l’idée de me lancer dans la série de Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, un récit initiatique écrit au XXe siècle sur Paris à Paris, je suis vite revenu sur terre en constatant l’amplitude physique de l’œuvre ; assurément, lire cette série coûterait en temps mon voyage… (mauvais choix Carl !). Finalement, histoire d’être transcendé par de grands esprits parisiens, j’emprunterai donc comme livres de route :
- Bel Ami, de Maupassant : L’histoire de la réussite sociale d’un journaliste qui jongle avec calcul et diplomatie dans les coulisses du pouvoir et des cercles parisiens.
- Les Rêveries du promeneur solitaire, de Jean-Jacques Rousseau : Le philosophe s’engage ici dans une réflexion introspective sur son propre passé. Pour cela, il arpente les lieux qu’il affectionne à Paris.
- Le Spleen de Paris, de Charles Baudelaire : Les divagations poétiques de mon auteur fétiche des Fleurs du Mal, qui nous fait apprécier la ville comme les reflets de l’âme.

Mirroir, mirroir… Dis-moi qui je suis.
Me voilà donc bien chargé en livres de route pour occuper mes temps morts durant mon séjour. Et tant qu’à me prêter à l’exercice de la lecture, pourquoi ne pas joindre ici l’utile à l’agréable, en allant lire dans un endroit inspirant. Ainsi, après avoir arpenté le 10e arrondissement dans tous ses moindres recoins, je me suis finalement réconcilié avec mon quartier en concentrant mes sorties vers l’est de mon domicile, soit aux alentours du canal Saint-Martin ; j’y ai même trouvé un endroit fixe pour m’y arrêter quotidiennement. Lire la suite »

J’ai rencontré Aurore au resto-bar l’Envol, quelques minutes exactement après ma mésaventure avec le chien errant. À ce moment-là, c’était aussi mes retrouvailles avec Laurent. En effet, celui-ci a été le coloc de mon père quand j’avais 17 ans, appartement que nous partagions aussi avec l’autre colocataire… l’incomparable Michel Brulé. Le contexte environnemental de cet appartement était vraiment particulier :
- Moi, 17 ans, en pleine crise d’adolescence, j’étais à quelques mois de quitter le logement paternel.
- Michel, 28 ans, ambitieux et débrouillard, il distribuait, à ce moment dans les bars, son premier livre Le Manifeste des Intouchables à 5$ l’exemplaire. On connaît la suite de cette démarche.
- Laurent, 37 ans, tous juste débarqué de France, de nature joviale et fêtard invétéré, il était le seul des quatre satisfait dans la situation.
- Mon père, 44 ans, au plus bas de sa dépression… toujours imbibé d’alcool à râler sur tout.
Quatre hommes, chacun séparé de son cadet par une dizaine d’années, un appartement byzantin dans l’est du Plateau, un environnement social inusité… un cocktail original. D’ailleurs, Michel s’en est inspiré pour fixer le décor de son deuxième livre Fond de semaine. Il va sans dire… il ne vous sera pas très difficile de relier les personnages de l’histoire avec ceux réels qui les ont inspirés. En me remémorant cette «amusante» œuvre d’anthologie du Plateau Mont-Royal, ce chapitre de ma vie, je constate que le temps a bien défilé depuis… les derniers cheveux blancs de Laurent me confirmant ici une marque tangible du passage des années. Mais à part ce détail, Laurent n’a pas changé : toujours sans le sou à me rassasier les mêmes histoires nébuleuses à propos de ses entreprises artistiques… à croire qu’il est encore dans Fond de semaine. Ce qui m’amène à penser aux autres personnages du livre en question… que sont-ils devenus maintenant, 15 ans plus tard ? Mon père a stagné dans ce logement qu’il occupe encore et n’a jamais remis en question ses conditions de vie : en fait, rien n’a changé pour lui si ce n’est le vide qu’il a créé autour de sa personne. Michel, lui, a fait fortune dans le domaine de l’édition, il est devenu millionnaire, à édité les pensées d’une centaine d’intellectuels, à vécu mille et une aventures aux quatre coins de la planète… mais il est demeuré célibataire. Et moi, hé bien, je me retrouve à Paris, à l’Envol, toujours dans l’élan de mon élection à Montréal… en train de penser à mon ancienne vie. Décidément, je partais de loin.
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