le 30 novembre 2006 13 309 visionnements
Entomologie, [vidéo]
Suposée abeille selon La Presse
Cet article est en réaction à une erreur entomologique paru dans la Cyberpresse d’hier. 

En effet, l’insecte apparaissant dans la photo surplombant cet article ici « Des chercheurs entraînent des abeilles à renifler des explosifs », hé bien, ce n’est pas une abeille, mais bien un syrphe ; c’est-à-dire une espèce de mouche. Un « bug » donc s’est glissé dans la base d’archive des photos de La Presse… et personne, semble-t-il, ne s’est aperçu ici de la différence entre une abeille et une mouche déguisée en guêpe.

Voilà donc une occasion ici, d’entamer un sujet qui me passionne depuis mon enfance, et, par le fait même, de clarifier des confusions récurrentes à propos de certains insectes communs. En effet, faites-vous la différence entre l’abeille, le bourdon, la guêpe, le frelon, le taon et le syrphe ? Peu importe, vous la ferez peut-être après avoir lu cet article.

L’abeille, le bourdon la guêpe et le frelon font partie du même groupe d’insectes, soit l’ordre des hyménoptères. Cet ordre comprend d’ailleurs aussi les fourmis ; et je l’admets ici, les hyménoptères sont les insectes qui me fascinent le plus. D’un autre côté, le taon et le syrphe sont des espèces de mouches, et donc, d’un tout autre ordre, soit celui des diptères. Les diptères sont caractérisés par la possession d’une seule paire d’ailes et cet ordre contient aussi les moucherons et les moustiques. Regardons-y de plus près.

L’abeille domestique est un insecte au corps velu et sa taille est peu apparente, il est l’insecte producteur de miel. Pollinisateur par excellence en transportant le pollen des fleurs sur laquelle elle s’arrête, plusieurs agriculteurs achètent des ruches que pour cette fonction. Bien que munie d’un dard, l’abeille domestique est un insecte apprivoisé et docile, d’autant plus que celle-ci meurt en cas d’utilisation de son dard, elle ne peut donc piquer qu’une seule fois (à ce jour, je n’ai jamais été témoin d’une piqûre d’abeille). Les abeilles adultes se nourrissent de nectar, de miel et de pollen, ce qui en fait un insecte strictement végétarien.

abeille
Notre fameuse abeille domestique en plein travail

Le bourdon, lui, se distingue en particulier de l’abeilles domestiques par sa taille plus imposante et par la forme massive de son corps. Celui-ci est très poilu et semble couvert de velours noir et jaune, parfois orangé. Son bruit spécifique lorsqu’il est en vol, le bourdonnement, est très impressionnant; d’ailleurs, c’est l’insecte que certains appellent à tort, le taon. Autre confusion populaire, à cause de leur nom, le bourdon est souvent considéré comme le mâle de l’abeille domestique : c’est-à-dire le faux-bourdon. Les faux-bourdons, véritables abeilles domestiques mâles, sont plus petits que les bourdons et ne butinent jamais. Le bourdon est tout aussi docile que l’abeille (vous pouvez les flatter lorsque ceux-ci sont occupés à butiner), mais il n’est pas élevé par les apiculteurs du fait de sa mièvre production de miel. Contrairement à l’abeille domestique, les bourdons ne meurent pas après avoir piqué.

bourdon
Le bourdon… plus de peur que de mal

Les guêpes sociales semblent ne pas avoir de poils ; elles ressemblent à de grosses fourmis colorées portant des ailes. Leur corps allongé est souvent rayé noir et jaune ; cet ensemble de couleur est un signe d’avertissement universel dans la nature.

danger.jpg

En effet, la guêpe sociale, c’est l’insecte guerrier par excellence. Organisée en groupe, virtuose du vol, équipée de fortes mandibules et piquant à volonté (elles peuvent darder leur aiguillon sur une même victime une dizaine de fois en une minute), la guêpe est décidément un insecte fait pour le combat. De nature agressive, les guêpes sociales défendent activement leur colonie, et le fait qu’un nid soit dérangé, accidentellement ou non, peut provoquer une attaque massive. Prédatrices, elles chassent divers insectes pour ses larves carnivores dans sa colonie. Très friande des nectars sucrés, elle est individuellement aussi en constante quête de savoureux butin. De la sorte, n’hésitant pas à explorer de nouvelles odeurs, c’est un insecte particulièrement curieux qui interagit fortement avec son environnement. Or, par le fait même, la guêpe arrive à souvent empièter sur le territoire des humains. Décidément sans complexe, elle n’hésitera pas à s’aventurer dans votre assiette pour y chaparder, sans retenue, quelques morceaux, voire, de carrément s’engouffrer dans votre verre pour y boire dedans.

  • Pour éviter les piqûres de guêpes, restez calme, ne faites pas de mouvements brusques et ne gesticulez pas inutilement. Evidemment, il est fortement conseillé de ne pas s’approcher d’un guêpier, surtout à la fin de l’été lorsque ceux-ci sont à l’apogée de leur population.

guêpe
La guêpe; l’insecte le plus imité qui soit. Apprenez à reconnaître l’authentique danger

Le frelon (hornet en anglais, le nom des avions de chasse F-18 canadien), c’est en fait une espèce de guêpe… mais de taille trois fois plus importante; c’est donc la plus grosse des espèces de guêpes. Ça, c’est exactement le genre de « bebite » que vous ne voulez pas rencontrer. Mais ne vous en faites pas, je ne pense pas en avoir vu au Québec.

Visionnez ici le massacre d’une ruche d’abeille entière par un escadron de 30 frelons
Un Frelon déguste une mante
Un frelon dégustant une… mante religieuse! C’est tout dire

Le taon, (on prononce /ton/) c’est le vrai nom de « l’asti » de mouche à chevreuil ; vous savez, ces « agréables » insectes vous tourbillonnant autour dans l’espoir de subtiliser un lambeau de chair. Pour sa défense, de plus proche, c’est une très belle mouche à regarder ; ses yeux étant toujours d’une unique coloration psychédélique. Ah oui, je me fais un point d’honneur de ne jamais m’être fait mordre par un taon ; l’insecte n’étant vraisemblablement pas subtil dans sa démarche. (Il faut bien dire mordre et non piqué, en effet, dans le cas du taon, seule la femelle subtilise de la chaire de mammifère pour nourrir sa progéniture).

taon
Le taon… essayez de résister à la tentation de ne pas l’écraser
taon
Peu importe l’espèce, à tous coup, le regard d’un taon est une oeuvre d’art

Et finalement… le syrphe ; probablement le plus méconnu des six insectes mentionnés dans mon article (D’ailleurs, grâce à l’Internet, je viens tout juste d’apprendre le vrai nom de ce magnifique insecte. En effet, fautes de renseignement, j’avais baptisé celui-ci «mouche à fleurs»). Ce diptère, totalement inoffensif, imite les patrons de coloration de certaines guêpes ; un procédé qui protège le syrphe de ses prédateurs évitant les hyménoptères piqueurs. Ce mimétisme, dit « batésien » (du nom du naturaliste anglais Henry Walter Bates qui fut le premier à en formuler le principe au XIXe siècle), est le phénomène par lequel une espèce inoffensive se protège par imitation d’une espèce inconsommable ou dangereuse.

Exemple québécois : Le papillon vice-roi est protégé de ses prédateurs par sa ressemblance avec le papillon monarque qui, lui, n’est pas consommable. Les chenilles de monarque se nourrissent en effet de l’asclépiade (Asclepias curassavica), une plante à la sève blanchâtre dès plus toxiques. Donc, un oiseau mangeant un monarque toxique est prit de vomissements et apprend ainsi à éviter les papillons de ce type. Si bien que comestible, le vice-roy est protégé de la gourmandise des oiseaux par sa similitude avec son homologue toxique. A noter, la chenille du vice-roy est diamétralement différente de celle du monarque.

papillon vice-roy
Le vice-roy, est totalement comestible pour les oiseaux
papillon monarque
Mais le monarque, lui, est toxique
hornet-moth
Autre exemple de mimétisme batésien ici. Deux papillons (oui… en pleine action) costumés en guêpe

longicorne déguisé en guêpe
Ce longicorne aussi applique le déguisement convoité

Le syrphe est un insecte utile qui rend bien des services dans nos jardins. Les adultes se nourrissent de pollen et de nectar, ils contribuent ainsi à la pollinisation. Mais aussi, ses larves sont aphidiphages (elles se nourrissent de pucerons, et peuvent ainsi chacune, dans une vie, dévorer de 400 à 700 pucerons). Cet insecte a donc toutes les faveurs du jardinier, or l’introduction de syrphe dans un jardin est une bonne alternative aux produits chimiques.

Visionnez ici un paisible syrphe en train de lecher une table
syrphe
Le syrphe, une gentille petite mouche

D’autre part, étant à mes yeux la seule mouche sympathique, le syrphe est un insecte discret, voire agréable à côtoyer. En effet, peut-être du fait de sa coloration le mettant en confiance, cet invétéré des jardins n’est pas du tout farouche ; et se laisse même facilement approcher à qui sait le remarquer. Butineur de fleurs, il peut quelquefois aussi s’intéresser aux sécrétions issues de notre peau. Totalement silencieuse, cette mouche se caractérise aussi par un vol aussi subtil que gracieux. En effet, comme un véritable colibri des airs, cet insecte maîtrise à la perfection le vol stationnaire, et peut se déplacer à l’aide d’une accélération foudroyante (fréquence des battements d’ailes : 300Hz ; 14 fois l’accélération de la pesanteur terrestre!). Le ballet aérien d’un syphre autour des fleurs qu’il chérie est un réel spectacle, d’autant plus que l’acteur concerné interagit avec la présence de l’observateur humain. D’ailleurs, j’avouerai même éprouver quelquefois un sentiment de vide après le départ d’un syphe auquel je me suis habitué à la présence. En effet, lorsque celui-ci décide de quitter les lieux, il le fait toujours précipitamment ; une énergie contrastant avec le vol flegmatique qui le caractérise quand son attention est captivée.

syrphe
Maitrisant les forces de l’air, le syrphe danse avec les fleurs

Pour ma part, le syrphe est même l’un de mes vieux complices. En effet, dans ma jeunesse, dans les camps d’étés, celui-ci me fit souvent gagner des paris : je me prétendait capable d’attraper les «abeilles» sans me faire piquer. À tout coup, le manège fonctionnait. Mais il est vrai toutefois que j’ai cet art de pouvoir approcher les syrphes ; il va sans dire, j’ai bien étudié le comportement de l’insecte en question.

Ah petit syrphe, symbole d’allégresse et de sérénité… mon agréable compagnon d’été ! Encore une fois, bravo, tu as bien roulé les humains. Mais franchement, tu mérites mieux que de te faire qualifier d’abeille, d’autant plus que tu tentes de te faire passer pour une guêpe. Toi, qui par tes visites ensoleillées me remémore invariablement mes souvenirs d’enfances (mon chalet à Saint-Donat), permet moi ici de te dévoiler à ta juste valeur. Tu vaux tellement plus qu’une guêpe… mon fidèle ami !

syrphe
Oh syrphe, mon ami! Ton retour sera toujours un moment de réjouissance

L’habit ne fait pas le moine.


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9 réponses à l'article “Pour en finir avec la confusion sur certains insectes”

  1. Noisette SocialeNo Gravatar dit:

    Wow, ça c’était vraiment intéressant à lire!

    Je garde ça dans mes favoris, question de pouvoir le relire et mieux le maîtriser. :)

    Noisette Sociale| lire ici le dernier article de son blogue: Le blogue comme outil social

  2. Patrick DréanNo Gravatar dit:

    Très bel article ! Je vous avoue, je suis moi-même un inconditionnel des syrphes, et aujourd’hui même, j’ai vécu un moment d’adoration quand l’une s’est posée sur ma main, me laissant le loisir de détailler tous ses atouts… Je ne rigole pas, c’était vraiment un moment à part !! Et je suis aussi vraiment un inconditionnel !

    Si je suis arrivé sur votre site, c’était en fait pour vous… en fait j’ai chopé vos deux photos de syrphes pour illustrer ma page de blog où je parle de mon expérience d’aujourd’hui ! C’est vraiment cette espèce ou une très proche que j’ai vue…

    J’espère que vous m’excuserez, j’ai mis un lien pour votre site dans l’article que j’ai fait… c’est un article en breton.

    Patrick Dréan| lire ici le dernier article de son blogue: Adoriñ

  3. ClaireNo Gravatar dit:

    Attentive admiratrice des insectes que je suis, je vous remercie pour votre article qui fut très intéressant à lire :)

  4. murielNo Gravatar dit:

    ravie !! j’ai trouvé ce que je cherchais !!! manque juste une photo de bourdon noir ou abeille charpentière .

  5. feuillade jacquesNo Gravatar dit:

    bonjour!
    depuis très longtemps je m’intéresse aux abeilles ( j’ai eu jusqu’à quatre ruches), mon fils toubib m’a obligé à abandonner car traitement pour le coeur.
    Bien sûr je faisais le malin avec les faux bourdons que je déposais dans ma bouche devant les enfants curieux….Sur les longues tiges de lavande, j’emprisonnais aussi ces sympathiques bourdons dans la cage de mes deux mains….et je faisais écouter leur mécontentement….jamais ils m’ont piqué….il y avaient certainememt dans le lot des femelles….mais comme je ne les saisissais pas entre mes doigts, c’est p

  6. jacques feuilladeNo Gravatar dit:

    Si vous emprisonnez sur une longue tige de lavande un bourdon délicatement entre les deux paumes de vos mains celà formant comme une cage, M ou F il ne pique pas, peut être parce qu’on ne le serre pas entre ses doigts? Par contre ça bourdonne!!!!! Et hop on le relâche!

  7. TavernierNo Gravatar dit:

    Bonjour, en ce moment il y a des « abeilles » noires dans mes jardins, je n’avais jamais vue cette race d’abeille auparavant, je dis abeilles car elles butinent les fleurs, je vais essayer de vous mettre une photo, sinon envoyer moi un mail privé et je vous recontacterai pour vous envoyer une photo de cette abeille noire qui a une taille 4 à 5 fois plus grosse que l’abeille commune. Je me demande si cette abeille vie ailleurs que dans les PO. sinon allez sur mon site je vais mettre un article ABEILLE et peut être pourrez vous me renseigner. Merci

  8. ClaireNo Gravatar dit:

    Bonjour Tavernier. Je suis allée voir sur votre site la photo de cette grosse abeille que vous évoquez ; ne serait-ce pas le xylocope -ou abeille charpentière ?

  9. limogesNo Gravatar dit:

    magnifique article.
    J’ai beau être de la campagne je ne connaissais pas la syrphe. Il ne doit pas en avoir chez nous.
    Par contre, on a un bourdon avec un corps d’abeille et une crinière de lion. C’est très beau.

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