
Mercredi dernier, le Journal La Presse accordait sa première page à l’administration politique du Plateau-Mont-Royal. En effet, ce n’était qu’une question de temps pour que notre nouvelle réglementation sur le bruit fasse parler d’elle.
Cependant, plutôt que de lancer un débat de société sur la gestion des nuisances sonores en milieu urbain, force est d’admettre que l’attention médiatique provient actuellement de la mobilisation du night life montréalais contre notre règlement. Évidemment, en donnant davantage de pouvoir aux policiers de notre quartier, ce règlement contraint les tenanciers à collaborer avec les forces de l’ordre et à trouver des solutions pour le partage de l’espace (sonore) avec le voisinage.
Cela dit, ce qui me sidère ici, c’est que certains puissent penser que notre politique vise les lieux de diffusions culturels. Pire, le tout est simplement dépeint comme si d’un côté vous aviez les bons artistes opprimés, puis de l’autre, ces policiers répressifs obéissants à des politiciens bourgeois. Ainsi, je suis déstabilisé par le fait que des leaders du night life arrivent à s’exprimer au nom de l’ensemble du monde culturel. En vérité, les enjeux sont beaucoup plus complexes qu’on peut le penser, d’autant plus que la culture dans le Plateau est bien plus qu’une simple question de diffusion sonore la nuit. Et si des inquiétudes concernant les questions culturelles sont légitimement soulevées, il faut aussi considérer dans l’équation les paramètres sociaux, économiques et sécuritaires pour bien concevoir notre point de vue politique.
Ayant donc été aux premières loges quant à la mise en place de ce règlement, permettez-moi alors de vous clarifier nos objectifs… et de ramener les pendules à l’heure à propos de nos intentions.
En janvier dernier, en tant que responsable des dossiers en relation avec la sécurité dans le caucus des élus du Plateau-Mont-Royal, j’ai rencontré divers dirigeants de la police du quartier. Or, dans les diverses propositions soumises par le SPVM à notre attention politique, celle d’une modification au règlement sur le bruit fut la proposition qui a intéressé le plus mon caucus. En effet, il faut dire que le développement d’un plan global pour lutter contre les nuisances sonores est l’un des projets porteurs à la base militante de mon parti environnementaliste. Si bien qu’avant d’agir sur les systèmes de ventilations assourdissants, les camions de la Ville inutilement bruyants et la vitesse excessive du trafic de transit, cette réglementation nous apparait comme une première étape dans la lutte contre la pollution sonore à Montréal. Puis, le caractère mixte de l’Avenue du Mont-Royal étant menacé par l’arrivée de clubs perturbateurs (et son lot de plaintes proportionnelles), il devenait impératif de remédier à cette situation.
Dans les faits maintenant, il faut comprendre que la mesure que nous avons votée en juillet dernier n’est pas un nouveau règlement, mais une modification au règlement actuel sur le bruit. Tout ce que nous avons changé dans la réglementation, c’est le montant des amendes pour les personnes morales (entreprises, associations et groupes) afin de faire entendre raison à une poignée de tenanciers qui se foutent de leurs voisins et qui semblent purement motivés par l’appât du gain. Si bien que l’application du règlement par le SPVM demeure le même qu’avant. En ce sens, il n’y aura pas d’accroissement quant aux nombres d’amendes émises. Au contraire; nous sommes convaincus que l’augmentation du montant des amendes aux personnes morales réduira le nombre de plaintes par son effet dissuasif auprès des tenanciers délinquants.
En considérant l’actuelle hystérie sur le Web entourant ce dossier, il apparait évident que notre administration n’a pas assez expliqué le fait que nous visons une petite minorité de tenanciers fautifs. Or, comprenez-le bien, il n’a jamais été question pour nous de réprimer la scène culturelle avec cette réglementation.
D’ailleurs, pour les quatre établissements sur le Plateau qui ont reçu des amendes sous la nouvelle réglementation depuis juillet et dans tous les cas, c’était pour la musique préenregistrée avec un DJ. C’est donc dire qu’il n’y eut aucune amende imposée contre des spectacles de musique live. (En général, les établissements qui posent un problème jouent de la musique préenregistrée plutôt que de la musique live).
Le night life monte aux barricades
Maintenant, après avoir lu les inquiétudes du DJ Ghislain Poirier sur la fermeture possible des lieux de diffusions dans le Plateau, j’admettrai volontiers que sa sortie est globalement pertinente pour la scène culturelle dans la métropole. En effet, il est vrai que le projet NOISE menace virtuellement la scène émergente sur le Plateau… Le Divan Orange semblant être ici sur la ligne de feu. Dans ce cas spécifique, étant donné l’apport réel de cet établissement au rayonnement culturel, je pense que nous (politiciens, tenanciers, policiers, résidents, clients, artistes) devons faire le nécessaire pour trouver des solutions afin de maintenir le Divan Orange dans le quartier. Personnellement, en échange d’une collaboration contre les comportements générant des nuisances sonores inutiles dans le Plateau (et de considérer le point de vue des résidents), je suis prêt à promouvoir l’idée du développement d’un «zonage culturel», voire d’un programme subventionnant l’insonorisation des salles de diffusion.
Cela dit, ce qui m’agresse dans le discours de Poirier, c’est lorsqu’il moralise les résidents quant à leur choix de vivre paisiblement en ville. Comme si le fait de vivre en ville impliquait nécessairement de tolérer la dégradation de notre milieu de vie, l’impunité aux nuisances sonores, le manque de respect systématique de quelques établissements qui se fout du sommeil des riverains, voire de la société en générale. Puis, comment réagir à cette phrase invasive en parlant du Plateau: « S’ils veulent des quartiers tranquilles, ils devraient aller vivre ailleurs». Cette phrase à elle seule représente parfaitement le nœud du problème. En effet, à l’image de la faune du centre-ville qui débarque dans nos rues, tel un conquérant moderne de l’espace par le son, DJ Poirier se considère le privilège d’en appeler à la chasse des résidents, sous-entendant de façon épouvantablement fausse que ceux-ci n’ont rien à voir dans l’attrait du quartier… que la culture du Plateau ne se réduirait finalement qu’aux activités tapageuses.
Écoute Ghislain, comme l’a si bien dit l’une de nos attachées politiques sur Facebook, certains se plaisent à représenter notre quartier comme le lieu de prédilection de tout ce qui veut faire surface en expression musicale, voire la vitrine trendy des moi-sur-le-party. Mais ce n’est qu’un côté de la médaille. Le Plateau, c’est aussi un environnement où vivent des dizaines de milliers de personnes. Et croyez-en ceux qui se tapent leurs cris de rage et de frustration à journée longue, leurs cris exaspérées sur les conditions dans lesquelles ils vivent. Donc je voudrais proposer un forum de médiation où les saintes-nitouches de tenanciers de bars pourraient faire face DIRECTEMENT aux mesdames furaxes et aux messieurs au bord de la crise de nerfs. Après on s’en reparlera, du supposé outrage que l’administration de l’arrondissement voudrait infliger aux roitelets de la nuit.
Un groupe Facebook «POUR la tolérance du BRUIT sur le Plateau à Montréal»
Plutôt que de nous proposer un consensus ou de considérer socialement la problématique liée à la pollution sonore à Montréal, deux membres de Gong communications sont montés aux barricades en créant un groupe insidieux contre notre réglementation. En sous-entendu par le choix des mots formant le titre, la «solution» est de passivement tolérer TOUS les bruits, comme si finalement ce problème allait se régler en demandant aux résidents de fermer leur gueule et d’endurer. Logiquement, le créateur du groupe, Jason Dupuis, exprime dans sa fiche Facebook que son point de vue politique se résume à la « liberté » et que sa croyance religieuse est de « Vivre et laisser vivre ». Comme toujours, ces apôtres de la sacro-sainte liberté sont incapables de prendre en considération les responsabilités qu’impliquent de vivre en société. Et surtout, ils ne comprennent pas que la liberté des uns finit où celle des autres commence. Mais qu’est-ce que c’est que cette jeunesse dont la seule solution aux problèmes sociaux consistent à hausser les épaules, ignorer ses voisins, bomber le torse et revendiquer sa liberté de pouvoir faire le party?
Ce qui est enrageant dans ce débat, c’est qu’il est présenté comme une opposition entre les intolérantes autorités municipales à la culture. Dans les faits, la vraie opposition est entre des propriétaires de bars et des voisins. Or comme l’a exprimé le maire du Plateau dans Facebook, « nous, on penche pour les voisins parce que c’est en faisant de la pression sur les propriétaires qu’ils vont faire ce qu’il faut pour continuer à promouvoir la culture, vendre de la bière, faire du cash ET permettre aux voisins de vivre en paix! La solution n’est pas d’envoyer promener les voisins. La solution c’est d’insonoriser les locaux. Casa del Popolo l’a fait; Cabaret du Mile end l’a fait; Salon Daomé l’a fait – des dizaines d’établissements l’on fait. Si un bar qui fait la promotion de la musique émergente manque d’argent pour le faire – il faut trouver à les aider (plutôt que de créer une guerre stérile avec les autorités). Nous espérons que cette histoire de contravention va donner le signal qu’il est temps d’agir».
En définitive, il est bien plus question ici d’une clique de tenanciers qui refusent d’insonoriser (se prétextant agir au nom de la liberté et la tolérance semble-t-il) contre des citoyens qui souhaitent améliorer leur environnement. Sur le schéma politique, on pourrait peut-être même extrapoler: la gauche, interventionniste et socialement responsable, contre la droite libertarienne… et capitaliste.
Je suis vraiment étonné de constater que des partisans du groupe Facebook contre notre réglementation s’imaginent naïvement défendre «la culture dans le Plateau». Il va sans dire, toute cette dynamique fait la grande joie de certains adversaires politiques qui rajoutent le nécessaire en sophisme pour canaliser la critique contre notre administration.
D’ailleurs, parlant de nos adversaires et des lobbys sous-jacents, nous avons noté que Marc Snyder, expert en communication 2.0, stratège politique et ancien attaché de l’administration précédente (celle qui a laissé ce problème pourrir sans jamais oser défier les intérêts pécuniaires des propriétaires des bars) était l’un des premiers membres à s’activer pour le groupe Facebook en question. Ici, laissez-moi dire que si Snyder et compagnie (et surtout l’ancienne mairesse Fotopulos) avaient pris leurs responsabilités au sérieux à l’époque, la situation ne se serait pas empirée autant, et nous n’aurions pas été forcés à poser les gestes que nous réalisons maintenant. L’ancienne administration était très près de la communauté des affaires et avait peur, semble-t-il, d’offusquer la poignée de tenanciers qui se moquent des droits de leurs voisins.

Marc Snyder est-il payé pour mobiliser le "monde culturel" contre projet Montréal ?
Pour notre part, afin de calmer le jeu avec le monde culturel et trouver des solutions concrètes, nous vous invitons tous, à vous faire entendre (et écouter les autres citoyens) à notre Conseil d’arrondissement ce soir (à la Fraternité des policiers, au 401 Gilford Est). Nous vivons en société bordel, pouvons-nous, mettre chacun de l’eau dans notre vin et réfléchir ensemble aux solutions.
La vraie liberté est celle qui se dérobe sans bruit au cours trop bien huilé des choses.
- Martine Mairal










le 7 septembre 2010 à 17:43
[...] This post was mentioned on Twitter by Carl Boileau, Carl Boileau. Carl Boileau said: @PoirierSound Mais le dialogue est déjà en cours M. Poirier. http://radicarl.net/faire-face-a-la-musique [...]